Square Enix a beau avoir passé ces dernières années à courir après l’action et le photoréalisme, il y a une chose que les vieux briscards de mon espèce n’ont jamais cessé de réclamer : un vrai Final Fantasy au tour par tour, avec des cristaux, des chocobos et des sprites qui ont de l’allure. Eh bien, la commande est arrivée en cuisine avec Final Fantasy Resonance ! Premier épisode de la saga à adopter le fameux rendu HD-2D, il s’appuie sur les cendres d’un jeu mobile disparu pour offrir une seconde vie à son univers. Je dois avouer que j’étais à la fois enthousiaste et méfiant : quand on me parle de retour aux sources, ma madeleine de Proust s’active mais mon portefeuille se met à trembler. Après avoir parcouru le royaume de Grandshelt, voici mon avis !
Conditions de test : J’ai effectué le test sur PS5 avec une version fournie par l’éditeur et Agence LU6.1 que je remercie ! J’ai joué à Final Fantasy Resonance une trentaine d’heures. Les captures d’écran sont issues de celles mises à disposition par Square Enix.
Une madeleine de Proust en HD-2D
Avant d’entrer dans le vif du sujet, petit retour en arrière. Je fais partie de cette génération qui a découvert Final Fantasy avec des menus gigantesques, des combats où l’on choisissait calmement ses actions et des musiques qui nous restent dans la tête trente ans plus tard. Alors forcément, quand la saga s’est tournée vers des systèmes plus nerveux, j’ai ressenti un petit pincement au cœur. Attention, je ne crache pas dans la soupe : certains épisodes récents proposent d’excellentes choses. Mais il y avait comme un manque, celui d’un épisode qui assume pleinement ses racines.
Final Fantasy Resonance arrive donc avec une promesse simple : revenir à l’essentiel. Et pour une fois, la promesse est taillée sur mesure, car le jeu n’est pas né de nulle part. Il s’agit d’une renaissance de Final Fantasy Brave Exvius, un jeu mobile sorti il y a plusieurs années et dont l’aventure s’est éteinte, avec la fermeture des serveurs. Je n’y avais jamais touché, et c’est sans doute le meilleur point de départ : aucune connaissance préalable n’est nécessaire. Les microtransactions ont disparu et l’ensemble a été repensé comme un vrai RPG de console, avec une histoire reprise et étoffée. En clair, on a pris un jeu de téléphone, on l’a lavé, repassé, et on l’a envoyé à la fête des grands. Le plus surprenant, c’est que ça fonctionne. D’habitude, ce genre de reconversion ressemble à un quadragénaire qui remet son vieux maillot de foot : on sent l’envie, mais ça serre un peu (oui je me sens un peu visé…). Ici, tout paraît naturel.
Un royaume, des cristaux, et un héros qui n’a rien demandé
Parlons de l’histoire, mais prudemment, parce que je ne compte vous dévoiler aucun moment clé ! L’aventure nous emmène dans le royaume de Grandshelt, une nation prospère dont la paix repose sur le pouvoir des cristaux. Le héros s’appelle Rain, un jeune homme que l’on suit dans une quête qui prend rapidement de l’ampleur. Je ne vous en dirai pas plus, car les détails de l’intrigue sont à découvrir par vous-même, et ce serait vraiment dommage de vous gâcher le plaisir.
Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est que le jeu coche toutes les cases de la tradition : aéronefs, cristaux, chimères, Mogs et compagnie. Si vous cherchez un récit qui réinvente complètement le genre, passez votre chemin. Si vous voulez retrouver la sensation d’une grande quête initiatique, vous êtes au bon endroit. Je suis du genre à apprécier les histoires bien racontées, et sur ce point, le jeu m’a tenu en haleine. Les personnages sont attachants, avec des dialogues soignés et une petite touche d’humour qui allège l’ensemble. Pas de grandes envolées pompeuses à toutes les scènes : on sourit, on s’attache, et on a envie de savoir ce qui arrive à cette bande de joyeux lurons. J’ai également énormément apprécié le soin pris par les développeurs pour développer le background de chaque personnage secondaire. Tous y ont droit et pourtant ils sont nombreux !
Le rythme, lui, est plutôt bien dosé. Final Fantasy Resonance est découpé en chapitres, ce qui permet de respirer entre deux grosses séquences, et l’on n’a pas l’impression d’être baladé pour rien. Sur ce point, je dois dire que j’ai été agréablement surpris. Quand on lance un RPG de plus de trente heures, on a toujours un peu peur du ventre mou, ce moment où l’on se demande si on n’aurait pas mieux fait de ranger sa cave à la place. On pourrait dire que j’exagère mais non, il y a toujours un moment mou du genou dans un jeu long. La segmentation en chapitre permet de rythmer l’ensemble.
Du Choc, du Choc, du Choc !
Passons à ce qui fait le sel d’un Final Fantasy : les combats ! Ici, on est sur du pur tour par tour, mais avec une jolie couche de modernité. Oubliez la célèbre jauge ATB, qui est restée au placard : chaque personnage agit à son tour et l’on prend le temps de réfléchir. Ce n’est pas du luxe, car le jeu demande de la stratégi, chose qui est passé au second plan sur les derniers jeux de la licence excepté pour les boss de fin qui demandent de se pencher un peu plus sur le build de ses personnages.
Le cœur du système repose sur les faiblesses des ennemis et sur une jauge de choc. Concrètement, chaque adversaire possède, en plus de ses points de vie, une seconde barre qu’il faut vider en exploitant ses points faibles. Une fois la jauge à zéro, l’ennemi est en état de choc : il perd son tour et l’un de vos personnages gagne une action supplémentaire. Et si tous les ennemis sont sonnés en même temps, c’est le « Choc Total », qui permet à toute l’équipe de placer une capacité bonus. Je ne vous cache pas que ce moment est jouissif : on a la sensation d’avoir le dessus sur ses adversaires, un peu comme quand on arrive à fermer la valise au retour de vacances sans rien laisser dehors.
À cela s’ajoutent les attaques Résonance, de superbes séquences cinématiques qui viennent récompenser votre sens tactique. Les combats prennent alors une dimension spectaculaire, avec une caméra dynamique qui met en valeur les animations. Je ne vais pas mentir : au bout d’une vingtaine de combats, j’ai arrêté de me poser des questions, j’avais simplement le sourire jusqu’aux oreilles même si parfois la redondance des animations rallongent les combats et quand on est en phase farming et donc combat répétitif cela peut vite devenir énervant.
Ce qui est bien vu, c’est que le système encourage la réflexion sans la rendre pénible. Il faut observer les ennemis, repérer leurs faiblesses, et organiser ses tours pour enchaîner les chocs au bon moment. On n’est pas dans un jeu où l’on appuie sur « Attaquer » en boucle en pensant à son déjeuner. Les combats classiques restent dynamiques, et les boss demandent un peu plus de préparation. Je n’ai pas eu l’impression de tourner en rond, ce qui, dans un RPG au tour par tour, est déjà une belle réussite !
Les Visions, ou comment faire une équipe de rêve
Voici la grande nouveauté, celle qui donne son identité à Final Fantasy Resonance : les Visions ! Il s’agit d’échos de héros issus de l’histoire de la saga, que l’on peut convoquer pour renforcer son équipe avec leurs aptitudes uniques. Autant vous dire que les fans de la série vont avoir des étoiles dans les yeux. On retrouve notamment des figures aussi emblématiques que Cloud, le Guerrier de la Lumière, Terra, Zidane (mon préféré !), ou encore des invités plus surprenants comme Shantotto et Y’shtola. Et comme certaines Visions sont propres au jeu, il y a aussi des nouveautés à découvrir.
Le principe est très malin : on peut en équiper jusqu’à huit, ce qui donne des possibilités de personnalisation presque vertigineuses. On se retrouve alors à jouer les sélectionneurs de l’équipe de France de Final Fantasy, à se demander qui on met en défense et qui on lance à l’attaque. Chaque Vision apporte ses compétences et son style de jeu, et l’on peut les faire progresser pour les rendre encore plus efficaces. J’ai passé un temps non négligeable dans les menus à peaufiner mon équipe, et je n’ai pas vu les heures défiler.
Pour débloquer de nouvelles Visions, il faut relever des défis qui mêlent test de personnalité et quiz sur l’univers de la saga. Oui, vous avez bien lu : il faut prouver que vous connaissez votre Final Fantasy sur le bout des doigts ! C’est une idée amusante, un peu décalée, qui m’a arraché un sourire. Le fan service est omniprésent, mais il est tellement bien dosé qu’on ne s’en offusque jamais. J’ai même réalisé que mes années passées à ressasser des détails inutiles allaient enfin servir à quelque chose. Merci maman !
Un monde à explorer, et de quoi s’occuper
Du côté de l’exploration, Final Fantasy Resonance reprend le principe de la carte du monde, ce bonheur que les anciens jeux nous offraient et qu’on avait presque oublié. On parcourt plusieurs continents, on traverse des donjons, on découvre des villes, et on retrouve ce sentiment d’aventure que seuls les vieux RPG savent donner. Les lieux sont variés, des forges naines aux paysages plus traditionnels, et chaque région a son identité.
Le jeu propose aussi un contenu annexe très copieux : fabrication d’armes légendaires, collection de chimères, combats d’arène avec différents niveaux de difficulté, boss optionnels dont certains sont de vieilles connaissances pour les habitués de la saga. Sur ce point, il y a de quoi occuper le joueur pendant de longues heures. Je vous rassure : rien n’est obligatoire pour avancer dans l’histoire, donc chacun fait selon ses envies. Si vous voulez simplement suivre la trame principale, vous pouvez le faire sans vous sentir pénalisé. Après on est dans un Final Fantasy et donc les joueurs habitués passent par le 100% même si on doit y passer plus de 100 heures (on en parle de la quête annexe des objets de collection du remake de FFVII ?). Bien évidemment les récompenses sont intéressantes et uniques. Les récompenses du contenu annexe peuvent faciliter grandement la progression dans la trame principale.
Côté durée de vie, comptez entre trente et quarante heures pour voir le bout de l’histoire, et jusqu’à soixante ou quatre-vingts heures si vous voulez tout faire. C’est généreux, et pour un jeu à 59,99 €, je trouve que le rapport qualité/prix est tout à fait honorable. À titre de comparaison, certains jeux vendus plus cher vous offrent à peine la moitié du contenu en vous demandant de racheter des plumes de phénix pour progresser. Ici, tout est compris, et c’est tellement rare de nos jours que ça mérite d’être souligné.
Une direction artistique qui en met plein les mirettes
Parlons maintenant de ce qui saute aux yeux : le rendu HD-2D. Pour les non-initiés, il s’agit d’un mélange de sprites en pixel art et de décors en 3D, avec des effets de lumière, de profondeur et de flou qui donnent un charme fou à l’ensemble. On avait déjà pu voir ce style dans quelques autres RPG, mais c’est la première fois que Final Fantasy s’y met, et le résultat est franchement à la hauteur. Les personnages ont du caractère, les décors sont soignés, et les effets spéciaux lors des attaques sont un régal pour la rétine. Pour faire simple c’est un Final Fantasy d’antan mais en mieux !
Je dois avouer que j’ai eu un petit coup de cœur pour les cinématiques en pixel art. Elles apportent une vraie touche de mise en scène sans trahir l’esthétique générale. Il y a quelque chose de magique à voir des sprites jouer des scènes émouvantes avec autant d’expressivité. Certes, tout n’est pas parfait : j’ai remarqué que certains décors paraissent un peu moins inspirés que d’autres, et l’ensemble n’est pas toujours aussi homogène. Mais ce sont des détails qui ne gâchent pas le plaisir.
Côté son, c’est un sans-faute ou presque. Le jeu reprend la bande-son du jeu mobile d’origine et y ajoute 33 morceaux inédits, ce qui offre un joli mélange entre nostalgie et nouveauté. Les mélodies se glissent dans les oreilles et n’en sortent plus, et je me suis surpris à fredonner certains thèmes sous la douche. Les bruitages sont efficaces, et l’ambiance sonore accompagne parfaitement l’aventure. Je n’ai rien à redire, sinon que je regrette de ne pas avoir un orchestre de poche pour l’emmener partout.
Et techniquement ?
Sur le plan technique, j’ai trouvé Final Fantasy Resonance plutôt stable. C’est fluide, les temps de chargement sont quasi inexistants sur PS5. À noter que le titre est disponible sur de nombreuses plateformes, dont la Switch, la Switch 2, la PS5, la Xbox Series et le PC, avec une validation Steam Deck pour ceux qui veulent jouer en déplacement. C’est une très bonne nouvelle pour les amateurs de RPG, car ce genre de jeu se prête à merveille aux sessions dans les transports ou dans le canapé.
Les menus sont clairs, bien que certains puissent paraître denses au début, avec le nombre d’options à gérer. Il faut un petit temps d’adaptation, mais une fois qu’on a pris ses marques, tout devient fluide. Le jeu prend le temps d’expliquer ses mécaniques, ce qui est appréciable, même si j’aurais aimé quelques précisions supplémentaires sur certains points. Mais bon, on ne va pas bouder notre plaisir pour si peu.
Final Fantasy Resonance
Date de sortie : 22 octobre 2026
Editeur : Square Enix
Développeur : Square Enix / Lancarse
Catégorie : RPG Tour par tour
Prix : 59,99 €
Plateformes : PS5 / Xbox / Nintendo Switch 2
Un retour aux sources qui fait écho
Final Fantasy Resonance est la preuve qu’on peut moderniser sans trahir. En mélangeant un système de combat tactique, un univers fidèle à la tradition de la saga et une réalisation HD-2D du plus bel effet, Square Enix signe un RPG qui parlera aux nostalgiques comme aux nouveaux venus. Le système de Choc rend les affrontements dynamiques, les Visions offrent une personnalisation géniale et le fan service est dosé avec une vraie tendresse. Certes, le jeu ne révolutionne pas le genre et certains défauts mineurs viennent ternir le tableau, mais l’ensemble est tellement sincère qu’on lui pardonne tout. Si vous avez toujours rêvé d’un Final Fantasy « comme avant » mais avec les moyens d’aujourd’hui, foncez : votre madeleine de Proust vous remerciera !
- Le système de Choc, malin et dynamique
- Les Visions et leur personnalisation
- Une direction artistique HD-2D superbe
- Une bande-son qui reste en tête
- Une durée de vie généreuse
- Une formule qui ne révolutionne pas le genre
- Quelques menus denses au début
- Un contenu annexe parfois répétitif
